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4 MAI : Mantasoa

Nous prenons une piste qui nous emmène à travers un environnement de villégiature vers l’hôtel Riverside. Au milieu des pins odoriférants, avec vue sur le lac immense…, ce n’est pas sans rappeler certains coins du sud de la France. Outre la cité industrielle bâtie par Jean Laborde et son tombeau, que j’ai l’intention de découvrir, l’attraction de l’endroit est le lac artificiel de Mantasoa. Ce réservoir de 2 000 ha aménagé pour régulariser le cours de l’Ikopa. De jolies villas s’élèvent parmi les pins et les eucalyptus aux abords de ce vaste plan d’eau. On aperçoit une barque de pécheurs à la ligne.

Le riverside

Nous sommes arrivés à l’Hôtel après environ 15-20 km de piste, la dernière partie étant plutôt en mauvais état.
Situé au bord du lac,

cet hôtel est agréable car les bungalows en pierre sont bien intégrés à un véritable petit nid de verdure.


Conçu comme un loft, le notre était tout confort. Une terrasse, un bassin, un espace de jeux en plein air pour les enfants…

Mais des prix si peu en rapport avec Madagascar

qui nous ont décidé à reprendre immédiatement la route pour le village de Mantasoa
Le village de Mantasoa est à environ 5 kilomètres de l’hôtel. Et les regards surpris des habitants et les saluts des enfants…

Impossible de ne pas évoquer …

JEAN LABORDE

Aventurier en Inde (1827-1830)

Né le 16 octobre 1805, fils d’un forgeron et maître sellier d’Auch, après quelques années sous l’uniforme, il crée un comptoir de commerce à Bombay et devient aisé rapidement. En 1830, il affrète un navire (Le brick St Roch) vers un récif du canal de Mozambique (L’île Juan-de-Nova) à la recherche de supposées riches cargaisons d’épaves.

Aventurier à Madagascar

Le 8 novembre 1831, il s’échoue sur la côte Sud-Est de Madagascar et avec l’aide des autochtones et une marche de 180 Km, il arrive à Mahela chez un colon français, Napoléon de Lastelle, concessionnaire d’une plantation de canne à sucre. Il y trouve accueil et emploi, et en 1832 épouse une métisse, Emilie Roux. Mr de Lastelle lui offre sa propre collection des manuels Roret (recueils des techniques les plus avancées de l’époque) dans lesquels il puisera de nombreux savoirs.
Envoyé en 1833 par Lastelle à Tananarive, il obtient de la reine son premier contrat pour la fabrication de fusils mais doit collaborer avec Mr Droit, qui avait précédemment ce contrat mais était incapable de le réaliser. Il installe ses premiers ateliers à 3 km au Nord d’Ilafy. Il devient précepteur du fils de la reine. En 1834, il livre les premiers fusils qui donnent satisfaction. En 1835, il est chargé d’affréter le navire Le Voltigeur par la Compagnie de Jean Lambert pour organiser le ravitaillement des troupes de la reine en guerre dans la baie de St Augustin, mais une exécution sommaire de prisonniers le perturbe au point d’envisager de quitter Madagascar. La reine fait expulser Mr Droit et signe un contrat avec Laborde.
(28 mars 1837) Laborde écrit dans son journal
« Je fis un second traité avec le gouvernement malgache pour créer une fonderie de canons en fonte de fer, une verrerie, une faïencerie, une papeterie, une sucrerie, une raffinerie, une indigoterie, une savonnerie, une magnanerie : je me suis engagé à faire plusieurs acides, l’alun, le sulfate de fer, le bleu de Prusse etc. »
Par choix technique il s’installe à Mantasoa à 6 Km de Tananarive) où il créa une cité quasi industrielle.
En 1856 suite aux massacres des malgaches convertis au christianisme ordonnés par la politique de terreur de la reine Ranavalona I, et peut-être suite à la mort mystérieuse par empoisonnement le 17 juin de Lastelle, le très francophile fils de la reine désapprouvant cette politique, conseillé par Laborde et Joseph Lambert, sollicita par écrit l’intervention militaire de la France. Joseph Lambert se chargea d’aller porter cette demande à Londres et Paris qui, impliqués dans la Guerre de Crimée se sont abstenus. Mais le 7 juillet 1857 ces intrigues ayant été découvertes, la reine expulse tous les européens et confisque tous leurs biens. Laborde part à La Réunion et l’île Maurice. Le 18 août 1861 suite au décès de Ranavalona I, son fils rappelle ses amis français à Madagascar. Vu l’état de dévastation des ateliers de Mantasoa, Laborde ne chercha pas à en redémarrer les activités.

Consul à Madagascar

Le 12 avril 1862 Laborde est nommé par Napoléon III Consul et Agent de la France à Madagascar. Il participe à l’élaboration de la première carte topographique à l’échelle 1/200.000e de l’Imerina centrale réalisée par Alfred Grandidier. Il aide son ami Joseph Lambert à créer la Compagnie française de Madagascar et lui fit accorder de larges monopoles et concessions.
En mai 1863 à Tananarive, des émeutes aboutissent à l’assassinat de Radama II. Le parti hostile à la France révoqua la charte accordée à Joseph Lambert. Laborde conserve son poste mais assiste, impuissant, à la montée progressive de l’influence anglaise. Le 27 décembre 1878 âgé de 73 ans et malade, Laborde décède à Antananarivo. La reine Ranavalona II ordonne des Funérailles Nationales. Il est enterré à Mantasoa dans un tombeau qu’il s’était lui-même fait bâtir par avance. Par contre le gouvernement malgache en vertu de ses lois traditionnelles s’approprie ses biens au détriment de ses héritiers légitimes.
Et si vous voulez en savoir plus
et surtout …

SON ŒUVRE

Le premier centre industriel malgache = Mantasoa

L’armurerie d’Ilafy se révélant inadaptée à ses projets de développement industriel, Laborde décida d’installer ses ateliers à Mantasoa. Il dessina les plans du centre lui même.

Le haut fourneau

caché dans la broussaille




le nom de la reine, celui des jean laborde et la date


stupéfait du talent !


de celui qui n'avait que les livres


pour créer des chefs d'oeuvre d'architecture

le four à chaux


le bâtiment principal de l’usine aux canons


avec une petite statue très symbolique : l’apprentissage par les livres

Elle abrite, de nos jours, une école technique

Ce sont les seuls vestiges du complexe, avec

la maison


de chaque coté de l’allée centrale, des maisonnettes et c’est dans l’une d’elles qu’habite la gardienne des lieux avec sa famille
Cette gentille dame, après nous avoir fait visiter tout le site, et voyant que nous ne trouverions pas de restaurant, nous a invité à diner. Quelques courses à l’épicerie du coin (oeuf, pates et rhum, ainsi que quelques sucettes),

(pour l’anecdote, nous avons offert les sucettes aux garçons mais avons été très troublés de les voir se délecter alors qu’elles étaient pleines de fourmis !)
et nous rejoignons son domicile où nous découvrons son mari, professeur de malgache, et ses deux fils , scolarisés dans le privé, au milieu d’un confort que nous rencontrons pour la 1ere fois depuis notre arrivée (1 grande salle avec des meubles, des bibelots, une télé et le lit des garçons, une autre salle ou nous dinerons, une cuisine et la chambre des parents.
Mais poursuivons la visite.


la maison en bois construite vers 1836 pour laquelle l’AJL96 se bat en vue de sa restauration (association des amis de Jean Laborde)

a été reconvertie en Musée et en bibliothèque pour les enfants Malgaches.
Reste aussi la tombe de Laborde dans l’ancien village d’Andrangoloaka mais il fait trop sombre pour aller la voir
Est encore visible un escalier de 200 marches que nous avons emprunté pour redescendre au village

Est aussi visible une petite piscine dite « Bain de la Reine » qui est le seul souvenir de la résidence royale.

Le reste des installations a été détruit dans les années 1850 ou englouti sous les eaux barrage créé en 1931.
Le complexe produisait des canons, des fusils, des sabres et de la poudre, mais aussi du savon, de papier, du verre, des briques, des tuiles, de la peinture, de la vaisselle…

Le Palais de la Reine

Impressionnée par ses réalisations, la Reine eut envie de posséder un palais spécialement conçu pour elle. Il se mit à l’œuvre et construisit le palais de Manjakamiadana baptisé jusqu’à ce jour Palais de la Reine, qui domine la capitale. Le Rova était une construction de bois grandiose pour l’époque que l’ingénieur Cameron revêtit plus tard de pierres.

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