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24 Avril 2011 : Sur la RN25 vers Mananjary

C’est lors de cette partie du trajet que m’est venue le nom de mon futur carnet de voyage : « Coté gauche » ; En effet dans le train, nos places étaient du coté gauche, conseillé quand on prend le FCE de Fianarantsoa à Manakara car c’est de la qu’on voit le plus beau du paysage ; Et voici que par hasard, dans la voiture, je suis aussi installée du coté gauche, comme d’ailleurs sur la RN7

Une borne

Pourquoi les photographier ? J’ai fait plus de 3500 photos et elles sont un excellent repère dans les photos car elles portent toutes la ville importante suivante avec la distance

Des marcheurs

Quelques photos de marcheurs prises sur le coté gauche de la route. D’ailleurs au cours d’une discussion avec un guide, j’apprends que l’essence est si chère que les voitures ne sont utilisées que pour travailler, les gens vont a pied au travail, ou avec un zébu s’ils en ont un, ou en taxi brousse si c’est loin. La notion de « loin » n’étant pas la même que pour nous car 5 km est pour eux la porte à coté 😉





Les maisons

Elles sont entièrement faites main et avec le bois local, ici du ravenale

l'ébauche


la structure


la maison finie


Et pendant que j’observais ces maisons, j’en ai prise une dont je n’ai vu l’enseigne qu’après. C’est pour cette raison qu’il faut aller doucement car tout est à découvrir.

Fin de la RN25

Nous franchissons le Mananjary

et un pousse pousse nous indique que nous sommes en approche de Mananjary

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23 Avril 2011 : le train Fianarantsoa-Manakara (2)

Ambohanjobe (PK72)
Il y autant de monde que dans les autres gares

Le village se partage encore entre maison en dur

et maison en bois

mais j’aime les couleurs et la structure de ses rues

Manampatrana (PK79)
Ce centre commercial important (café, banane, litchi) est à mi-chemin du voyage.
L’afluence encore plus grande effectivement correspond à une bourgade plus habitée

mais c’est peut-être aussi jour de marché quoique je n’en sois pas sur

fruits et légumes


le boucher !


Ce gros bourg est reconnaissable à ses maisons sur pilotis qui bordent la ligne de chemin de fer


A la gare, des chargements attendent et c’est ce qui constituera un des plus longs temps d’arrêt

chargement en attente


C’est en général ce que j’apprécie le plus car ca permet de musarder et d’observer des curiosités pour l’européenne aseptisée que je suis 😉

est ce le repas qui attend ?


Après Manampatrana le paysage change. On continue à descendre vers la côte mais la forêt primaire a disparu pour laisser la place à une forêt d’arbres du voyageur

et à de nombreuses collines complètement brulées par la main de l’homme le long de la voie et de la rivière Ionilahy, que nous côtoyons depuis le km 82.
Ionilahy (PK88)
A l’arrêt suivant,

Ionilahy


un petit garçon pose pour moi !

la star d'Ionilahy


Depuis le train, par la fenêtre ouverte, parfois même par la porte car jamais elle n’est fermée, tout le monde regarde le paysage.
Que ce soit une maison

ou une église,

les tons ocre et vert forment une délicate harmonie.
Mahabako (PK99)
Ce village est situé au confluent de la rivière Ionilahy et du Faraony.
Je m’y suis régalé d’une sorte de friandise à base de caramel et de cacahouettes assez proche de notre nougat.

Un groupe d’enfants jouent près du wagon et en regardant plus attentivement ce qu’ils font , je découvre … une trotinette !

Quand enfin nous quittons le village, c’est sur une touche de rigolade. 3 touristes se sont éloignés pour prendre un café dans une petite gargotte

Et ce n’est pas le sifflet de la loco qui démarre qui les alerte mais les appels des autres voyageurs. Le train s’arrête le temps de prendre nos trois touristes qui se précipitaient en courant. Et mes propres appels n’étaient pas des moindres puisque mes fils s’étaient joints à moi pour appeler … leur père 😉 Eh oui c’était 1 des trois touristes.
Fenomby (PK107)
Ce village est la capitale des épices de la ligne et notamment du poivre vert et des petits piments rouges.

On trouve de nombreux fruits, comme la banane

et les pomme cannelle

et les produits de la pèche de la rivière toute proche comme de nombreux petits poissons.
Le village est plutôt paisible

malgré la vente habituelle à l’arrivée du train

Nous entamons la dernière descente vers Sahasinaka.
Sahasinaka (PK116)
A 4 kms de la gare, la chute de Faraony compte parmi les plus belles de l’île. Véritables cataractes qui s’écrasent d’une hauteur de 40 mètres pour former plus bas un torrent fantastique aux remous vertigineux et assourdissants.
Les collines se dénudent de plus en plus et le paysage se dégage et devient plus monotone.
C’est la région d’une importante production de café qui fait de cette bourgade un centre économique régional.
A notre arrivée, les vendeurs habituels

mais aussi les simples curieux

Mes yeux sont attirés par la multitude de couleurs d’un étal de vetements

J’observe pendant un long moment 2 très jeunes filles déjà propulsées dans une vie d’adulte, l’une s’occupant d’un enfant et l’autre vendant des fruits

J’écoute aussi les rires et les échanges entre un groupe d’enfants du village et 2 petits blancs grimpés sur les marches du train : mon fils et un copain français expatrié

Le train s’ébranle mais j’ai encore le temps de saisir la beautés de superbes produits locaux !!!

la fleur


la fillette


Ambila (PK146)
Après Antsaka et Mizilo, nous longeons une grande palmeraie avant d’arriver à Ambila

Nous sommes en pays Antaimoro, là où la ligne de chemin de fer rejoint la route, la rn12, après avoir emjambé la rivière Ambolotara
Manakara (PK163)
Enfin, alors que la nuit est déjà là et que les lumières très faibles éclairent l’intérieur du wagon, on traverse la piste de l’aéroport de Manakara avant d’atteindre le terminus de la ligne
Il pleut et les pousse pousse sont la mais pas trop harceleurs.
Une petite dernière prise dans la gare

les étapes du FCE

23 Avril 2011 : le train Fianarantsoa-Manakara (1)

Après avoir musarder dans la gare de départ, nous voila en route !

Un des plus beaux paysages de Madagascar

La ligne ferroviaire traverse un des plus beaux paysages de Madagascar sur sa descente des hauts plateaux jusqu’à la mer. Le parcours dévoile des vues panoramiques en descendant la falaise à l’Est de Fianarantsoa.
C’est l’occasion d’admirer à son aise un paysage magnifique qui à mesure que l’on descend, se fait plus sauvage : on quitte les forêts de remplacement (eucalyptus, sapins) pour s’immerger dans une végétation épaisse traversée par de magnifiques cascades, la vitesse de croisière oscille entre 20 et 35 km/h. Nous passons des rizières, aux fonds de vallées verdoyantes, puis aux plantations de thé, avant d’entrer dans la forêt. Nous surplombons de magnifiques cascades, torrents effrénés, longeons des flancs escarpés et traversons des viaducs. Puis, apparaissent des collines herbeuses et des paysages de plus en plus dénudés avec des ravinala (arbre du voyageur qui ne pousse qu’en dessous de 800m d’altitude).

Une aventure humaine

Outre les paysages, nous vivons une aventure humaine, dans une ambiance locale, traversant de petits villages ruraux. En fonction des aléas techniques et du temps nécessaire au chargement et déchargement des marchandises, on a le temps de découvrir la vie au cours des arrêts aussi colorés les uns que les autres ou à chaque arrivée du train, les vendeurs s’agglutinent aux fenêtres des compartiments, guettant le moindre geste d’un passager qui céde au désir d’acheter: sambos, écrevisses, mandarines, oranges, bananes, lichis, pommes cannelle ou de croquer un beignet de banane, un oeuf dur voire une saucisse.

Quelques détails

De Ampitambe (PK28), source de Faroany, qui est le 3eme arrêt après Fianarantsoa, à Tolongoina, le FCE traverse une immense forêt primaire, qui occupe une bande de 15 à 30 km de large, d’ou son nom de « corridor ». C’est ce qui reste d’une forêt qui couvrait tous les Hauts Plateaux
Ranomena (PK38)
C’est le 4eme arrêt après Fianarantsoa. A cet endroit là les paysans vivent de la vente du bois et d’écrevisses sauvages.

Alors ne faites pas comme nous : on venait de manger dans les gares précédentes et on s’est dit qu’on gouterait aux écrevisses proposées par les petits vendeurs à la gare suivante ; loupé car c’est la seule gare ou elles étaient vendues !!!
Et puis il y a aussi ces petits fruits rouges (attention de février à mai seulement) que sont les goyaves de Chine.

écrevisses pour la 1ere, goyaves de Chine et bananes pour la 2eme


Depuis Fianarantsoa, nous sommes chez les bétsiléo (que l’on reconnait sur la photo par les larges chapeaux) et nous allons vers les tanalas ((que l’on reconnait sur la photo par le petit chapeau carré comme celui de la fillette)

Cependant nous sommes encore en région betsileo comme l’indiquent les constructions : maison en terre dotée d’un petit balcon

tandis que plus loin, avant même Andrambovato, les tanala construisent des petites demeures en bois

S’amorce une impressionnante descente dans les 27 tunnels du massif de l’Andringitra. Le plus long, d’un kilomètre (très peu de km après Ranomena), nous plonge dans un noir absolu jusqu’à Tolongoina
Andrambovato (PK45)

C’est le 5eme arrêt après Fianarantsoa. C’est une région productrice de bananes et lorsque la ligne avait été coupée en 200 à cause des cyclones, faute de transport, des centaines de tonnes avaient pourri
Ici les familles les plus pauvres consomment leur production de banane cuites avant même leur maturité tandis que d’autres un peu plus riches en vendent pour acheter du riz.
Sur les hauteurs se dresse le rocher d’Andrambovato. C’est 3 à 4 km après cet arrêt que se situe un admirable panorama sur les chutes de la rivière Mandriampotsy, avec un pont qui les franchit d’une seule portée.
Madiorano (PK54)
C’est le 6eme arrêt après Fianarantsoa.

De nouveaux fruits, petits, oranges et en branches comme les dattes

Beignets de riz, de légumes mais aussi de bananes. Et la gavage de ma petite persone !

Et ca aussi c’est bon, une sorte de papilotte cuite a la vapeur avec une farce. Impossible de savoir ce que c’est mais c’est bon aussi

Tolongoina (PK62)

C’est le 7eme arrêt après Fianarantsoa.
J’y découvre la pomme-cannelle

et j’y mange des samosas

Dans cette gare se collectent des bananes de toute la région. S’il y a 3 ou 4 variétés sur le marché, il semblerait qu’il en existe 18 variétés différentes
J’avais envie d’évoquer au dela de l’attrait touritique la vie difficile notamment à travers cette présence des bananes. Une partie des revenus des familles provient du transport à dos d’hommes des bananes et autres fruits depuis les champs juque dans les gares. Un homme peut porter jusqu’à 60 KG sur 10 km et pour cela gagne 1800 Ar (soit environ 70 centimes d’euros) ca qui lui permettra d’acheter 1 à 2 Kg Kg de riz (pour rappel le prix est en fonction de la qualité du riz). Et évidemment quand le train ne circule pas, les familles ne travaillent pas et souffrent de la faim.
Et plus personnellement ce que j’ai vécu à cette gare. Une jeune femme avec un enfant dans les jupes et un bébé dans les bras, tous vétus de haillons, se travoit par la foule qui se pressait à l’arrivée du train. Peu à peu la foule s’est éclaircie comme à chaque fois une fois que les ventes sont faites et que s’éloignent ceux qui attendront le train du lendemain. Et cette jeune femme était là et regardait d’un air absent. Alors j’ai cherché dans le panier repas fourni par l’hotel et avec un signe discret je lui ai montré mon intention de lui donner un fromage. Quand j’ai vu le sourire et l’empressement qu’elle a eu à le mettre dans la bouche du plus petit, j’ai commptris que j’avais deviné juste (mais ce n’étais pas bien difficile) : ils avaient faim car elle était jeune et surement seule avec ses enfants. Alors je lui ai aussi donné le sandwitch. Avec une vélocité incroyable (je pense pour éviter que d’autres ne le remarquent et viennent lui prendre), elle a cassé un bout pour le garconnet puis un autre qu’elle a gardé dans sa main et caché le reste dans son jupon. Et elle a fait mangé son plus jeune. Un bout de poulet est tombé au sol, elle l’a ramassé et mangé.

Et tout le temps que nous sommes restés en gare, elle est restée assise en face de notre wagon et c’est de son sourire vers moi dont je me souviens. Ce n’était bien sur que ce jour là mais au moins ce jour là au moins ils n’avaient plus faim.
C’est également par cette gare que passe la RNT14 joignant Ifanadiana au Nord (sur la RN25 qui va du parc de Ranomafana ) Mananjary) à Ikongo au Sud. Mais cette piste n’est praticable que par les 4*4 et encore pas toujours lors de la saison des pluies.

Bref, bien avant l’arrivée, nous étions gavés comme des oies… et nous n’avons bien mis que les 8 h prévues

23 Avril 2011 : le train Fianarantsoa-Manakara ( le départ)

J’ai déjà évoqué ce train qui me fascine
Ce typique circuit ferroviaire parcourt les 163 kms de voie datant de la période coloniale reliant Fianarantsoa, capitale des Betsileo, à Manakara, ville côtière de Madagascar au coeur du pays des Antémoro. Et juste pour rappel, il fait Fianarantsoa – Manakara tous les mardi, jeudi, samedi et Manakara – Fianarantsoa tous les mercredi, vendredi, dimanche.

Le départ

Donc nous sommes le samedi 23 et nous sommes dès 8 heures à la gare, heure prévue du départ

avec pour preuve la pendule et le départ de Fianarantsoa à 7h45, ville de départ qui est à 1/4 d’heure de notre gare
Voici la gare de Savohamby coté rue


Et voici nos futurs compagnons de voyage

8h30 : toujours rien ; et sur la voie des poules, des enfants, des paysans, …

alors je photographie une publicité sur le FCE (Fianarantsoa – Cote – Est) à l’intérieur de la gare

9h00 : toujours rien ; alors je photographie … mes billets de train !

9h05 oh le voila !

le fce arrive en gare de savohamby

La brochure

J’ai acheté à l’hôtel, et je sais qu’elle est aussi en vente dans les gares de Fianarantsoa et Manakara, une petite brochure très sympa. Mais je vous conseille de vous l’offrir : pas chère, et pleine de renseignements dont une page géniale avec toutes les gares et leurs spécificités ; de plus les bénéfices de la vente vont à l’association des riverains qui lutte pour sauver le FCE. Alors pas de raison de se priver !!!!

Et voici le trajet que j’ai trouvé dans cette brochure


Pour voir la suite du trajet

Les transports

Les transports méritent le détour car ils sont l’exemple de la vie qui bouillonne à Madagascar.
Le taxe brousse répond à 3 catégories différentes :
– local : à l’intérieur d’une ville ; en ville il s’appelle Taxi-Be
– régional à l’intérieur d’une province
– national quand il fait par exemple Tuléar – Tana
Généralement, ce sont des mini-bus, Toyota, … de 14 places assises.
Et quand il est hors ville, il est tout simplement extraordinaire à observer et les croiser reste un spectacle
Il existe dans chaque ville des stations de “taxi-brousse” en fonction des destinations. Ces gares routières semblent en perpétuel mouvement

Transports à Madagascar

Pas d’horaires pour un taxi-brousse car il part quand il est plein ! Et tout au long de la route, le taxi-brousse s’arrête pour prendre des passagers chargés de paniers et souvent de volailles diverses…

FCE ou le train Fianarantsao-Manakara

Et voila de Madagascar, ce qui a été pour moi, l’un des 2 points d’attraction !!!

48 tunnels et 67 ponts


L’histoire de cette ligne ferroviaire hors du commun tient de l’épopée. Imaginée par la puissance coloniale française au début du 20e siècle, elle visait à désenclaver l’est de Madagascar, afin de favoriser l’exportation des produits agricoles malgaches vers l’Europe via la capitale Antananarivo et le principal port de l’île, Tamatave. Ses travaux commencèrent en 1926 en utilisant des rails fabriqués en 1896 et saisis à l’Allemagne en 1918 – certains sont encore en service. Malgré d’énormes difficultés liées au terrible relief de montagnes russes sur les 2/3 du parcours et aux immenses forêts luxuriantes, ils avancèrent vite et le 1er avril 1936, la voie, débutée au niveau de la mer, arrive à son terminus, 163 kilomètres plus loin et 1200 mètres d’altitude plus haut.
La construction de la 3e ligne de train la plus raide au monde se payera d’un terrible prix humain. Entre 5000 et 10000 ouvriers malgaches périrent au cours des travaux, la plupart ensevelis sous des tonnes de pierres lors du percement des 48 tunnels creusés à la main, ou de l’édification des 67 ponts, dont certains tiennent debout par miracle, qui jalonnent la ligne, et de 4 grands viaducs dont celui d’Ankeba à 40 mètres au dessus d’une vallée
S’il fallait la résumer : Ligne atypique dont la construction a été un exercice de style pour ses concepteurs, et un goulag pour tous les travailleurs forcés qui y ont laissé leur vie

Un paysage


La ligne enjambe des ponts, saute des rivières de couleurs ocre, passe sous des tunnels, surplombe une falaise, taillade dans les branches des fougères, palmiers et autres arbres … L’ennui n’est pas au rendez-vous. On peut voir de sublimes paysages, arborés et luxuriants, rizières, bananiers, caféiers, et des villages Betsileo, se lever, s’asseoir sur le marche pied, car les portes restent constamment ouvertes.
En descendant vers Manakara, le paysage se fait plus sauvage : on quitte les forêts de remplacement (eucalyptus, sapins) pour s’immerger dans une végétation épaisse traversée par de magnifiques cascades. Et soudain, la végétation luxuriante laissera place à une gigantesque palmeraie abandonnée, spectacle féerique annonciateur de l’arrivée prochaine à Manakara, après avoir carrément coupé en son milieu la piste de l’aéroport de Manakara – cas unique. Et les pousses-pousses en alerte réveillent des Vasaha tirés de la léthargie du trajet.

Une population


Avant même le lever du jour, il y a foule à la gare. Dans quelques minutes, espèrent les passagers d’un jour – ou bien plus longtemps redoutent avec placidité les habitués –, la seule ligne de train voyageurs de la grande île rouge va prendre le départ dans un crissement de métal d’un autre âge. Au programme, un périple inoubliable d’une dizaine d’heures afin de rallier Manakara.
Le Fianarantsoa-Côte Est (FCE) que les Malgaches ont ironiquement rebaptisé TGV pour «train à grande vibration» ravit d’emblée l’œil. Il y a de quoi, avec ses wagons verts à liseré jaune estampillés 1956 et sa sublime locomotive diesel rouge vif sortie des usines d’Alstom à la fin des années 1970 achetée d’occasion. A l’intérieur, la première classe est surtout fréquentée par les touristes, les Wazahs, «les Blancs», un peu à l’écart, tandis que les locaux s’entassent dans le wagon de seconde classe. Le convoi comprend une voiture de marchandises, qui se remplit parfois au-delà du raisonnable de chargements de bananes, de café ou de litchis en fonction des récoltes et des saisons.
Départ à 6 h 45 mais à peine parti, le rituel du FCE s’installe dès les premiers kilomètres. Le train qui roule à 20 km à l’heure en moyenne, avec des pointes poussives à 35, est accueilli comme un sauveur à chacune des 17 gares du trajet. A peine s’enfonce t’on dans la forêt qui s’intensifie, à peine le temps de prendre de la vitesse, que la première gare s’annonce déjà. Les récoltes sont alors chargées dans le wagon de queue ; bananes et café, destinés à être vendus sur les marchés de la côte. Cette opération se renouvelle tous les 10 kilomètres. Parfois une heure ou plus d’attente lorsque la saison est à son apogée.
Des centaines de personnes forment alors une sorte de haie d’honneur à son approche et se lancent à son assaut avant même l’arrêt définitif.
Une multitude de petits vendeurs se précipitent aux fenêtres, sur les marchepieds ou à l’intérieur des wagons, guettant le moindre geste d’un passager qui céderait au désir de croquer un beignet de banane, un oeuf dur voire une écrevisse, pour proposer tout ce que la deuxième réserve planétaire de biodiversité après le Brésil produit de comestible. C’est dire si le menu est vaste. Chaque village a sa spécialité : écrevisses à Ranomena (km 38), beignets de banane à Tolongonia (km 62) ou encore poulet grillé à Ampitabe (km 28).
Peut être aurai je la chance que le machiniste me montre ses cadrans de contrôles et m’autorise à m’asseoir sur la locomotive, à l’extérieur car ainsi c’est en compagnie du chef du train que je poursuivrais ce voyage.
Peut être que la foule se clairsemant durant la journée, je pourrais pénétrer dans le wagon des secondes classes et y entre apercevoir l’atmosphère de marché qui doivent y provoquer les paniers de fruits et légumes et le transport des poules.
Ce buffet géant le long du trajet ne suffit pas à cacher une réalité parfois bien plus dure. Car c’est aussi toute une génération privée d’avenir qui vient quémander de quoi survivre, s’accrochant au moindre regard pour attraper un biscuit, un bout de sandwich ou une bouteille en plastique qui finira en récipient ou en épouvantail au milieu des cultures. En s’élevant dans la montagne et le brouillard, le train atteint des zones de plus en plus isolées et misérables, parfois à plus de cent kilomètres de la moindre piste ou route. Les marques de grande pauvreté se font plus saisissantes encore, lorsque l’on croise ces enfants en haillons présentant tous les signes de la malnutrition. 2/3 des 20 millions de Malgaches vivent toujours sous le seuil de pauvreté. 70 ans après sa construction, l’activité du FCE, qui emploie 200 personnes dont 12 machinistes, reste plus que jamais vitale pour toute la région.
Tous ceux qui ont fait le trajet annoncent l’expérience ferroviaire la plus extraordinaire. Mais pour les gens qui vivent le long du parcours, ce train signifie tout, c’est la ligne de vie qui les relie au reste du monde. C’est justement son intérêt économique qui explique l’entretien de l’actuelle ligne car elle écoule d’importantes récoltes de café et de bananes, et fait vivre des dizaines de milliers d’agriculteurs.

Des aides ???


Plus surprenant, différentes études soulignent l’impact positif de la ligne sur l’environnement. Grâce au débouché commercial que représente la vente aux voyageurs des productions locales et le très faible coût du fret sur la ligne (70000 ariarys la tonne, soit 6 euros), certains paysans ont les moyens de s’approvisionner en riz des hauts plateaux qu’ils seraient sinon obligés de cultiver sur place. Des milliers d’hectares échappent ainsi à une déforestation certaine qui a causé la destruction de 90% de la forêt malgache ces dernières décennies.
Les Chemins de fer suisses, l’agence de développement américain Usaid, le roi de Thaïlande, …l’ont compris et ont financé la réhabilitation de la ligne ces dernières années, après que 2 cyclones et des années d’inertie politique l’aient laissée à l’abandon. Mais c’est insuffisant pour qu’elle soit rentable. La Banque mondiale a déclaré être prête à investir 11 millions d’euros pour moderniser la ligne à condition que l’on apporte la preuve de son «utilité et de sa viabilité financière». Le gouvernement, pour qui la solution passe par une privatisation de la ligne, l’a mise en concession et des entreprises chinoises et sud-africaines ont déjà fait connaître leur intérêt.
Les employés de la FCE et les plus pauvres de ses usagers, s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir ce changement de statut sur la vocation très ­«sociale» du petit train des montagnes malgaches.

Quelques idées en vrac

  • Il semble qu’une brochure «La FCE-Guide du voyageur», est vendue dans les 2 gares de départ, et fourmille de renseignements et d’anecdotes.
  • Il nous faudra songer à réserver des billets 1ére classe la veille, (60 000 FMG soit 5 euros/personne) pour être surs d’avoir des places assises : le trajet est long. Et de préférence coté gauche dans le sens Fianar-Manakara pour le paysage.
  • Il peut être intéressant de dormir au Lac hôtel de Sahambavy, une superbe plantation de thé située au kilomètre 21, non loin de Fianarantsoa, sur la ligne du FCE, sans retourner à Fianarantsoa au retour d’Amabalavao ?

Quelques conseils glanés sur les récits des voyageurs